À-propos

La forme de la méta­phy­sique

Je pratique et professe ici une certaine manière de penser, dite analo­gique, que j’ai rencon­trée chez de nombreux auteurs, et dans de nombreuses disci­plines, scien­ti­fiques ou non. Penser ainsi, c’est exploi­ter des pratiques intel­lec­tuelles plus anciennes que la Science elle-même, et qui sont consi­dé­rées actuel­le­ment, à tort selon moi et d’autres, comme désuètes ou pire, sans fonde­ment. Dans les faits, la Science s’est construite à partir de ce mode de pensée premier, s’éman­ci­pant de lui au profit du nouveau, bien plus fort, le logico-ration­nel, qu’elle a raffiné pendant des millé­naires, avec les énormes consé­quences que l’on sait ces derniers siècles.

Je crois que ce qui est devenu très préju­di­ciable à l’hu­ma­nité, c’est qu’a­vec les succès de la Science, la perti­nence puis l’exis­tence du mode de pensée premier se sont vus déniés. Les mobiles d’un tel choix sont clairs et perti­nents, la Raison est vrai­ment une puis­sance qui a fait muter l’hu­ma­nité, mais la croyance dans son omni­po­tence est archi-fausse. La Raison n’est pas raison­nable quand elle s’auto-élit comme la seule pensée légi­time à pouvoir décrire le monde.

Tout ne peut pas être résolu par la Raison, mais nous perdons chaque jour un peu plus le moyen de gérer « le reste » puisque elle seule a le droit de cité pour penser le monde. L’er­reur est monu­men­tale et se répète méca­nique­ment selon le même usage du déni à d’autres aspects de la pensée contem­po­raine : tout se passe comme si « quelqu’un » déci­dait de ce qui existe et n’existe pas, et ceci forcé­ment depuis l’unique mode de pensée supposé exis­ter. Nous croyons en effet, nos diction­naires l’at­testent, que le contraire de la Raison n’est pas le mode de pensée anté­rieur et englo­bant dont elle s’est disso­ciée, mais la dérai­son.

Ce mode de pensée, qu’il soit oublié ou asso­cié à la folie, a un nom véri­table, dont le sens s’est dévoyé avec le temps, puisqu’il est devenu pour nos diction­naire syno­nyme, et non anto­nyme, de la Raison : ce nom est « Sagesse ». Il est l’ou­til intel­lec­tuel premier et flou qui par nature vient nour­rir le cycle de la connais­sance dont les sciences sont une étape seconde et tran­chée. Y renon­cer comme notre civi­li­sa­tion mondia­li­sée l’a fait est tout simple­ment drama­tique. En ce sens je ne dis rien d’autre que ce qu’un penseur majeur du XXe siècle à essayé de dire sa vie durant, Martin Heideg­ger.

J’ai plusieurs objec­tifs ici, mais le tout premier d’entre eux est de montrer les voies qui ramènent à ce mode de pensée, sa perti­nence et sa profon­deur. Pour cela j’ai de nombreux amis avec moi, de l’an­tiquité jusqu’à nos jours, qui emploient dans un certain secret cette tradi­tion de pensée qui ne s’est jamais éteinte, qui ne peut s’éteindre parce qu’elle fait partie du monde.

La science a conquis les esprits par quelques axiomes et méthodes qui sont aussi essen­tiels que gran­dioses et effi­caces. Mais la Sagesse dans le monde entier dispo­sait bien avant la science moderne d’axiomes et de méthodes perti­nents et constants à travers les lieux et les âges. Il convient de les recon­naître et de les « dépous­sié­rer » pour être en mesure de recon­naître les riches émana­tions de la Sagesse, en bien plus de sites que l’on ne le soupçonne en géné­ral et selon une orga­ni­sa­tion que l’on ne peut que quali­fier d’har­mo­nieuse.

L’as­pect le plus perti­nent de ce travail mondial de struc­tu­ra­tion se rencontre indu­bi­ta­ble­ment en Chine, avec un apho­risme en trois idéo­grammes donnant un Prin­cipe trini­taire unique et univer­sel d’une profon­deur inson­dable et d’une cohé­rence qui n’a jamais été qu’en­tra­perçue. Plus tard lui fut adjoint une repré­sen­ta­tion semi-graphique limpide qui est au fonde­ment de mes repré­sen­ta­tions. L’un et l’autre, prin­cipe et repré­sen­ta­tion, sont presque tota­le­ment igno­rés de nos jours, même en Chine semble-t-il.

La recherche a extra­or­di­nai­re­ment évolué en Grèce avec Aris­tote initiant le pan le plus fécond de la tradi­tion analo­gique quater­naire euro­péenne, qui est toujours vivace, nous le voyons très clai­re­ment dans ce blogue. L’ad­di­tion de ces deux axio­ma­tiques, la trini­taire et la quater­naire, les deux plus immenses sommets de toute la Sagesse antique, est d’une impor­tance incom­men­su­rable pour notre avenir.

Certes la Sagesse est irra­tion­nelle et sensible par rapport à la Raison, qui se fait un honneur de ne pas l’être, mais ses apports se laissent néan­moins conte­nir dans quelques schèmes ration­nels effi­caces et élémen­taires, que la repré­sen­ta­tion chinoise évoquée au-dessus, à peine réno­vée, permet d’ex­pri­mer selon un type nouveau d’écri­ture compo­sée d’équa­tions analo­giques extrê­me­ment denses. C’est une écri­ture a posté­riori du réel, conçue pour rece­voir les concepts du monde observé dans ce qu’il y a de plus essen­tiel et dont chaque équa­tion est poten­tiel­le­ment une source de sens nouveau pour qui les contemple.

Jung et Heideg­ger ont expli­ci­te­ment appelé de leurs vœux une telle écri­ture, qu’ils ont tous deux tenté de réali­ser sans succès : il leur manquait la connais­sance complète de la forma­li­sa­tion chinoise. Ils se sont heur­tés, comme tous les penseurs avant et après eux à la repré­sen­ta­tion en carrés, en croix, en cercles ou en tableaux qui sont insuf­fi­santes et qui sont surtout une source de dévoie­ment.

La recherche en pensée analo­gique n’est pas causa­liste, elle consi­dère des faits intel­lec­tuels qui n’ont pas été causés, mais qui sont présents de façon imma­nente selon une certaine unifor­mité univer­selle que l’on peut passer sa vie à essayer d’ap­pré­hen­der par bribes dans toute étude du monde qui nous entoure. Elle est concer­née par toute disci­pline, qu’elle ne consi­dère que de très loin, sans entrer trop avant dans le détail, mais en en rete­nant les faits saillants qu’i­né­vi­ta­ble­ment les infa­ti­gables penseurs disci­pli­naires finissent par expri­mer en quelques mots centraux qui synthé­tisent parfois des années de recherches selon des formules duelles, quater­naires ou autres. Ce sont ces clefs que nous mettons déli­ca­te­ment en équa­tions quand c’est possible, reliant ainsi peu ou prou toutes les disci­plines entre elles et allant même jusqu’à leur appor­ter une forme de vali­da­tion.

Le fonc­tion­ne­ment intel­lec­tuel préféré de cette recherche est de type paral­lèle et non sériel, mettant parti­cu­liè­re­ment en valeur les préfé­rences hémi­sphé­riques des penseurs de ce type dit les « cerveaux-droits ». La recherche de la Sagesse a un nom précis et exact qui consacre sa posi­tion en surplomb par son préfixe, c’est la méta­phy­sique. Chaque disci­pline a sa méta­phy­sique, y compris la méta­phy­sique elle-même. La méta­phy­sique de la méta­phy­sique est le point commun à toute les méta­phy­siques, c’est mon premier sujet d’étude et de forma­li­sa­tion : c’est l’étude du prin­cipe univer­sel, c’est la méta­phy­sique élémen­taire.

La notion de non-causa­lité (synchro­ni­cité jungienne), comme la notion de spéci­fi­cité neuro­lo­gique innée (carac­té­ro­lo­gie lesen­nienne et consorts) font partie eux aussi des sujets de recherches auxquels est refusé le droit à l’exis­tence, selon le schème expliqué plus haut. L’ou­vrage entre­pris ici touchera néces­sai­re­ment à ce type de sujet qu’il tendra à essayer d’ha­bi­li­ter/réha­bi­li­ter. Il convient donc au lecteur de se situer selon ce fait en admet­tant la néces­sité pour lui d’en­trer ici soit comme déjà natu­rel­le­ment disposé à croire ces choses, soit en accep­tant de les postu­ler, même tempo­rai­re­ment, ce qui est l’at­ti­tude que j’ap­pelle de mes vœux, puisque toute la thèse ici affir­mée demande préci­sé­ment la critique (dans le sens de l’éta­blis­se­ment de la limite) et le consen­sus.

6 réponses sur “À-propos”

  1. Ce blogue est-il toujours actif ? Je tente ma chance…

    J’ai aimé votre « lettre du 01/01/2019 » même si je pense, sans en être tout à fait certain, qu’elle ne m’est pas destinée. « J’adresse cette lettre à des gens de la réinformation géopolitique que j’ai choisi » n’est pas une franche ouverture, il faut s’accrocher, mais il y a cet indice laissant penser à une adresse plus large : après tout, vous tenez (avez tenu ?) un blogue et tout ceci n’est donc pas de l’ordre d’un club privé. Franchement, je n’ai aucun entraînement philosophique me permettant ne serait-ce que de comprendre vos propos ou de dialoguer avec vous, encore moins de vous aider (« J’ai atteint la limite où je peux avancer seul »). Alors qu’ai-je aimé au point de vous écrire ? Eh bien… les traits du blogueur, voyageur solitaire et « souffrant », traits précisément tracés par votre parfaite sincérité.

    Premièrement, il croit absolument en lui-même (« J’ai un savoir aguerri et je sais de bout en bout comment le faire valoir »). Il faut quand même un sacré toupet pour exposer ses réflexions, n’est-ce-pas ? C’est bien évidemment le début des ennuis puisqu’en contrepartie il faudra impérativement convaincre et donc souffrir de ne pas y parvenir parce que le blogue n’est pas le canal adéquat pour cela.

    Deuxièmement, il est ambitieux. Mais le format même du blog, qui est un carnet nécessairement chronologique, qu’on le veuille ou non, que l’on revienne ou non sur ses billets, en fait un véritable foutoir qui détruit littéralement tout projet structuré, si c’était l’intention de départ, et l’ambition qui va avec (« […] je semble parfaitement inapte à la communication rationnelle écrite du type thèse ou même essai, qui serait pourtant adapté au type de contenu dont je parle ici: je ne parviens jamais à me relire, je trouve tout ce que j’écris nul et incompréhensible, c’est à pleurer »). A peu près personne ne lit davantage que le dernier article proposé, ce qui fait, me semble-t-il, de votre projet une impossibilité. Et ce n’est pas une question d’aptitude à écrire, vous le faites parfaitement bien.

    Il est donc inéluctable que vous appeliez à l’aide (« Comprenez que je réclame votre aide soit pour me prouver que je suis à l’ouest, soit pour mettre en œuvre le changement du monde que tout le monde espère »). Si je puis me permettre avec tout mon respect, la formulation de la deuxième hypothèse accrédite la première. Quelqu’un à qui je tiens beaucoup m’a dit il n’y a pas longtemps : « vous n’êtes pas le coach du monde ». Je bénis chaque jour ce propos et son auteur.

    Il ne faut compter sur personne d’autre que vous tout en vous prémunissant d’une certaine forme de « folie » (voyez-vous à quoi je fais allusion ?). Il se pourrait que vos réflexions m’intéressent mais je ne vois aucun endroit par où commencer (qui est nécessairement l’endroit où moi je me tiens ; vous devez donc d’abord me rejoindre ; vous vous y essayez dans « lire ce blogue » mais c’est très loin de suffire).

    Parlons un peu du contenu pour finir. Je vous ai trouvé lorsque, relisant l’un de mes articles, je cherchais d’autres arguments concernant la Raison non pas comme distinguant l’homme mais comme l’ « éduquant ». Je me suis donc permis de rajouter une courte note avec un lien vers votre texte. Pour le reste de votre travail, j’ai un problème personnel avec la philosophie (la « métaphysique » n’en parlons même pas). C’est un véritable « sport d’élite » que je ne sais pas pratiquer, par manque de souffle probablement, et qui me semble n’avoir qu’un rapport très lointain avec nos vies terrestres. La philosophie ne me semble utile qu’aux philosophes (ou du moins aux seuls moments de repli philosophique) et n’a jamais « changé le monde ».

    Je termine cette brève adresse en vous suggérant très sincèrement de vous « libérer » en écrivant, « rationnellement » comme vous dites, cet ouvrage dont vous vous sentez incapable. C’est le seul moyen de savoir si vous avez vu juste. Je serai évidemment le « premier » ou le « second »… à vous lire. Mais c’est peut-être cette exigence de rationalité qui vous pose problème plutôt qu’une soi-disant inaptitude, tant cette exigence semble contradictoire avec la « Sagesse » dont vous réclamez le retour. Il n’est pas possible d’exiger de vos lecteurs qu’ils soient déjà là où vous souhaitez les amener. Il faut venir les chercher là où ils sont ou plutôt là où on les a placés, c’est-à-dire encore du côté de la Raison.

    Sincères salutations.

  2. Merci de me consacrer ici votre grand finesse. C’est un cadeau rare.

    Votre dernier paragraphe touche au plus juste.

     » Mais c’est peut-être cette exigence de rationalité qui vous pose problème plutôt qu’une soi-disant inaptitude, tant cette exigence semble contradictoire avec la « Sagesse » dont vous réclamez le retour.  »

    C’est parfaitement exact. C’est même un trait que j’identifie formellement comme étant inné, qui fait que mon écriture naturelle se trouve bien plus proche de l’oralité (monstration plutôt que démonstration) que de ce que requiert cette tâche d’écriture technique, qui se rebiffe encore et toujours sous ma plume. Une telle inadéquation innée peut se contredire par l’effort intense, mais il faut un guide. La fac fait ça à des tas de gens ; et si la philo universitaire forme à une seule chose, c’est à cela : la méthodologie. J’ai canné là dessus, j’étais déjà trop vieux et le boulot m’a rattrapé.

    Ceci étant, la synchronicité de votre message correspond étonnamment à une forme de maturation liée à mes échecs : je commence précisément à intégrer certaines des choses que vous me dites ici.

  3. Bonjour.
    Ayant débouché sur votre site à la suite d’une recherche portant sur le livre de Jean-François Mattéi, j’ai découvert (de façon très superficielle pour le moment je dois l’avouer) votre travail de formalisation de la métaphysique, notamment à partir d’une réflexion basée sur les structures ternaire et quaternaire, et donc les nombre 3 et 4. Je me permets dès lors de vous écrire afin de vous signaler à ce sujet (mais sans doute les connaissez-vous déjà) les recherches élaborées et les œuvres réalisées par deux penseurs français : Stéphane Lupasco et Raymond Abellio (dont je connais mieux la pensée).
    En espérant que cette information pourra vous aider dans votre quête.
    Bien à vous.

  4. Merci de votre commentaire.

    Si vous venez par Jean-François Mattéi, alors nous avons sans doute une chose en commun. Il est un chaînon de la lignée de croyants sans idéologie que j’admire profondément, et qui est l’une de mes ossatures de pensée : Aristote-Brentano-Heidegger-Mattéi. C’est Mattéi qui m’a ouvert à la perception de cette lignée.

    J’ai en effet déjà croisé l’œuvre de Stéphane Lupasco. Il produit sur le principe des catégories ontologique une théorie savante, je veux dire pas assez simple, sur ce qui apparaît trait pour trait être l’objet de mes recherches. Je crois qu’il fait partie de ces observateurs sincères qui ont dû s’interdire des choses pour tenter d’échapper à l’ostracisme universitaire. S’il n’apparaît pas dans ce site, c’est que je n’ai pas rencontré chez lui de forme analogique marquante, sans doute à cause de ce masque imposé, mais aussi surtout parce que je n’ai pas lu son œuvre. Je vous demanderai comme un service, si vous avez une ouverture, de m’éclairer là dessus par une référence, un livre.

    Je connais Raymond Abellio de nom, mais j’ignorais son rapport à l’ontologie des catégories, donc vous m’ouvrez une piste de plus. Je ferai ce que je fais habituellement : chercher les « petits dessins » ou les catégorisations voyantes. De même toute référence de votre part me serait d’une grande utilité.

    Je dois dire que ma liste de penseurs, qui ont évoqué ou utilisé plus ou moins clairement le formalisme ontologique, est déjà impressionnante, je serais tenté de dire évidemment, et aussi qu’elle est en dormance depuis un certain temps déjà. En fait, ce site beaucoup trop riche et laconique, souvent bavard à mauvais escient, expose seulement les formules les plus voyantes et les plus faciles à signer que j’ai rencontré, sans trop entrer dans le détail des œuvres sous-jacentes, ce qui est à chaque fois un travail en soi que je ne suis pas encore en mesure de faire selon la démarche analogique, par manque de repère théorique commun, mais cela pourrait changer. En effet, je suis en cours de rédaction de l’essai de théorisation du principe des catégories ontologiques, et ce n’est pas chose aisée. Je recrute tout lecteur de bonne volonté, si cela vous tente.

    En tous cas, une chose est claire : je ne refuse jamais d’étendre ma liste à des personnes ou des conceptions duelles, ternaires, quaternaires, heptadiques, octadiques et plus, qui ont marqué leur temps. En ce sens, vos recherches m’intéressent. Je prévois de me promener sur votre site Universite Libre de la Connaissance en fonction de ma recherche, mais je serais heureux de prendre connaissance vos pensées, postures, ressources et travaux sur le sujet.

  5. Bonjour,

    Je n’ai pas de certitude quant à la manière avec laquelle vous allez accueillir ce message mais disons pour commencer que j’ai immédiatement compris vos « avertissements » (quant à la nature de votre blogue), vos prises de positions et, surtout, la description de votre situation d’incommunication et d’isolement comme assez analogue à la mienne (mutatis mutandis).

    J’y ai donc vu le signe sûr d’une personne en quête de vérité et, non pas seulement d’un discours socialement acceptable ou valorisant qui (afin d’être communiqué) eût obligé à transiger avec… l’exactitude et, surtout, la multitude des significations à convoquer à chaque pas, en même temps que la somme infinie des ajustements auxquels elles invitent par le simple fait d’être amenées en présence l’une de l’autre (je me trompe ?).

    Bref, je crois voir très bien où vous vous trouvez et mesurer l’intensité des affres que suscite une telle situation de dramatique contraste entre une pensée (tout) en puissance qui peine à passer à l’acte de la parole (gravée dans le marbre) parce que, justement, je les ai connus.

    Il s’avère que je viens d’en sortir et que je baigne actuellement dans une sorte d’extase intellectuelle où tout s’ajuste (et/ou promet de s’ajuster) quasiment parfaitement, à epsilon près, de sorte que l’acte d’écriture coule dorénavant de source et ne nécessite plus que des décisions stratégiques (rhétoriques) que je sais prendre sans arrière-pensée car tout (ce que j’ai en tête) étant à sa place, le chemin de pensée se déploie en logique.

    Il y a là, dans le caractère « en acte » de cette saisie totalisante quelque chose de miraculeux tant cela peut sembler inespéré ou inaccessible. Comme vous le savez bien, cela peut aussi sembler absolument fou . Un ami psychiatre très tôt acquis à mes thèses me parlait de « paranoïa » au sens étymologique car mes conceptions englobaient tout de cette « mesure de toute chose » qu’est l’Homme, mais aussi de son cosmos.

    Vous l’avez compris, je suis psychologue, versé dans l’anthropologie girardienne et je suis convaincu que c’est ce « pas de côté » opéré vis-à-vis de la philosophie qui m’a permis de sortir du grand tohu-bohu (d’une pensée complexe où tout est constamment remis en cause) avec un modèle explicatif universel, une sorte de « théorie de tout » sur base psychologique plutôt que seulement physique.

    De ce point de vue « totalisant », j’ai le sentiment (assez jouissif, je dois le confesser) de pouvoir suivre pied à pied les moindres circonvolutions de votre pensée. Du moins en ai-je eu l’impression en lisant votre « les trois parties de l’âme chez Platon ».

    Je ne m’engage pas dans une discussion à ce sujet car je crois que ce n’est pas le moment mais permettez-moi de vous donner un indice de ce que je viens d’avancer : vous avez pensé pouvoir situer les trois parties de l’âme selon Platon (en critiquant insuffisamment, et, en fait, selon moi indûment, sa conception — mais encore une fois je ne cherche pas à en discuter ici, j’indique cela seulement afin que vous puissiez situer ma critique) sur la verticale du corps humain sans remarquer (et, donc, je postule, sans faire sens du fait) que epithumia se retrouve sous le thumos alors que, l’étymologie l’indique suffisamment (je crois), c’est epithumia qui doit se trouver au-dessus du thumos (ce qui va de soi avec la conception psychologique, anthropologique et même religieuse qui est la mienne et c’est cela, justement, qui me permet de repérer cette incohérence). C’est juste un indice, le reste serait à l’avenant. Nous y reviendrons si nous pouvons nous accorder sur un cadre d’échanges fructueux.

    La question me paraît donc plutôt de savoir s’il nous sera possible de communiquer ou s’il ne serait pas préférable de nous tenir d’emblée à distance respective l’un de l’autre afin d’éviter d’entrer dans des polémiques infinies qui ne feraient qu’aggraver notre propension commune, je crois, à plonger dans les détails afin de pouvoir présenter une position « inattaquable ».

    Bref, la question est : nous serait-il possible de coopérer d’une manière mutuellement profitable ?

    Sous couvert de l’anonymat que permet un pseudo, je vais me permettre de dire les choses franchement en faisant une proposition incroyablement audacieuse et infiniment présomptueuse que peut-être vous seul êtes en mesure de comprendre et d’accepter, au moins comme sensée. L’urgence des temps veut que nous n’en perdions pas à finasser, n’est-ce pas ?

    Formulée de la manière la plus brutale, désolé, je dois faire vite, ma question serait donc celle-ci : seriez-vous disposé à me suivre, ce qui veut dire être prêt à disloquer peut-être complètement, à mettre en pièce, la plupart des vues auxquelles vous êtes parvenu afin de les réagencer à partir de l’ontologie nouvelle que je suis en mesure de proposer.

    Je comprends que c’est une forme de sacrifice que je vous propose, mais c’est aussi et surtout une occasion de renaissance, une possibilité pour vous de renouer avec l’espoir de contempler ces Idées vers lesquelles l’âme cherche tout naturellement à se tourner et que vous avez aperçues par vos recherches sans toutefois pouvoir les saisir puis les poser fermement, condition sine qua non, non seulement de la capacité à les communiquer mais, surtout, de le faire de manière pédagogique.

    Au-delà de cette présentation un peu lyrique (et donc plus prosaïquement), ma question, terriblement incorrecte au point de paraître d’emblée inacceptable, porte sur votre consentement à me lire dans la visée d’assimiler (ce qui veut dire aussi bien valider que réviser autant que nécessaire) vos propres conceptions dans le contexte de l’approche synthétique que je vais m’efforcer de déployer au cours des années à venir que le Ciel voudra bien m’octroyer. Vous allez pouvoir vous sauver, je crois, mais il faut d’abord accepter de vous perdre. C’est la chose la plus terrible qui soit à consentir.

    En contexte intellectuel, toutefois, la chose se comprend aisément comme le fait de ne pas résister à tout prix à la critique (ou, tout simplement, l’ombre portée d’une théorie adverse) mais, au contraire, de lui faire toute la place possible, de lui donner tout crédit possible, afin de découvrir au plus vite jusqu’à quel point ses propres conceptions peuvent être infirmées et, partant, jusqu’à quel point elles pouvaient être erronées. Il y a là une vertu qui a, à peu près complètement, déserté l’Académie, où chacun s’attache à « vendre ses savonnettes » comme disait un ami linguiste.

    Vous sentez-vous capable de cela ? Si oui, c’est que non seulement vous cherchez la vérité vous êtes disposé à contribuer à sa dissémination, si non, c’est que vous voulez vous sauver (probablement au double sens du terme ;-))

    C’est une offre qui, vous le percevez bien, j’en suis sûr, ne se présente pas deux fois dans une vie.

    Quelle est votre réponse ?

  6. Cher Nicolas de Cuges

    Je ne suis pas certain à vous lire que vous ayez compris le sens de ce blogue. Vos affirmations ne sont peut-être pas à la hauteur de l’intérêt que vous semblez lui avoir porté, c’est ce que je me dis.

    L’ontologie formelle est l’unique sujet du lieu, ceci selon le double axe théorique du trinitaire confucéen d’une part et du quaternaire aristotélicien de l’autre. L’accumulation d’ontologies régionales selon un schéma ontologique général (équations analogiques) est tout ce qui a de l’attrait ici. La pensée que je déploie dans ce blogue est encore faible et incertaine, elle n’est pas fondamentalement intéressante. Je suis d’abord et avant tout un outilliste : je tente, pragmatiquement parlant, de relancer un vieux système de pensée encalminé, en le rénovant à peine dans un premier temps, temps qui est celui de ce blogue.

    Donc pas ici, pas encore du moins, de théorie nouvelle à renverser ou à sacrifier, mais juste des axiomes antiques, dépréciés arbitrairement par l’époque, que j’utilise sans les réinterpréter. Si vous pouvez les « balayer » d’un revers, montrez moi donc ça.

    Voyez, je suis disposé à la remise en cause que vous me promettez et du coup j’attend que vous me fournissiez de quoi réfléchir au réalisme d’affirmations pour l’heure totalement gratuites. Étonnez moi, j’adore ça.

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