La Grande Triade

Dernier ouvrage publié du vivant de René Guénon, La Grande Triade se carac­té­rise par un recours prépon­dé­rant aux tradi­tions extrême-orien­tales, parti­cu­liè­re­ment celles de la Chine et, avant tout, du taoïsme, que l’au­teur avait connues et dont il avait traité dès ses premiers écrits. Toute­fois, comme à son accou­tu­mée, il y fait aussi de nombreux paral­lèles et rappro­che­ments avec d’autres tradi­tions, tant orien­tales qu’oc­ci­den­tales : hindouisme, boud­dhisme, judaïsme, islam, chris­tia­nisme, franc-maçon­ne­rie, hermé­tisme, pytha­go­risme, Fidèles d’Amour, etc. De la sorte, La Grande Triade répond clai­re­ment au propos constant de René Guénon : expo­ser les données de la Tradi­tion primor­diale, notam­ment en souli­gnant les conver­gences entre toutes les tradi­tions authen­tiques. Même si, comme il le regret­tait, ce livre n’eut d’abord qu’un faible écho, y compris dans les milieux qui se récla­maient de la pensée tradi­tion­nelle, l’ou­vrage fit progres­si­ve­ment et discrè­te­ment son chemin, notam­ment parmi ceux qu’at­ti­rait l’Ex­trême-Orient.
René Guénon – La Grande Triade – Galli­mard

On peut trou­ver cet ouvrage ici en pdf et l’on peut trou­ver un résumé ici en pdf.

René-Guénon-1946-La-Grande-Triade.pdf – copie locale

Julian Jaynes – La méta­phore

Le travail méta­pho­rique de la compré­hen­sion implique : des métaphrandes (les choses à décrire) ; des métapheurs (les choses aidant à décrire les précé­dentes) ; des parapheurs (les mots asso­ciés aux méta­pheurs, sèmes en quelque sorte conte­nus dans la conno­ta­tion) ; des paraphrandes (les mots asso­ciés aux choses à décrire et que la langue possède).
Julian Jaynes – La Nais­sance de la Cons­cience dans l’ef­fon­dre­ment de l’es­prit bica­mé­ral page 60

L’ordre d’ap­pa­ri­tion de la typo­lo­gie proposé dans l’ar­ticle ne convient pas. Il est trans­formé, mais méta­phrandes reste premier.

Le trait alpha n’est pas lisible ici. En tous cas l’in­ser­tion fonc­tionne.

Trait alpha

-pheurs
-phrandes
Extrin­sèques
Intrin­sèques

Trait bêta

Para
Méta
Intel­li­gible
Sensible
Les mots
Les choses

Typo­lo­gie

Para­pheurs
Méta­pheurs
Para­phrandes
Méta­phrandes

Portraits

Les mots asso­ciés aux méta­pheurs, sèmes en quelque sorte conte­nus dans la conno­ta­tion
Les choses aidant à décrire les méta­phrandes
Les mots asso­ciés aux méta­phrandes et que la langue possède
Les choses à décrire

Mais, une palette de plus en plus large de cher­cheurs observe que le langage quoti­dien comporte un usage exten­sif de la méta­phore que le langage scien­ti­fique et tech­nique se déve­loppe sur la base de la méta­phore que dans la construc­tion initiale des exten­sions du langage premier, l’usage de la méta­phore a été primor­dial.
Il est proposé de dési­gner la chose à quali­fier par le terme de méta­phrande et le quali­fi­ca­teur par le terme de méta­pheur.
Le Guichet du Savoir – De l’usage des méta­phores

Jaynes, résumé impromptu

Il s’agit d’un commen­taire de forum.

Jean-Paul (VNI) 01–12–01, 16:46 (GMT) 9. « RE: Schi­zo­phré­nie »
(…)
Cette ques­tion me rappelle une théo­rie très origi­nale déve­lop­pée par un cher­cheur singu­lier, Julian Jaynes, prof de psycho­lo­gie à Prin­ce­ton mort en 1997. Elle pose l’hy­po­thèse que le fonc­tion­ne­ment hallu­ci­na­toire était le fonc­tion­ne­ment humain « normal » lorsqu’est apparu le langage.

Nous aurions selon cette théo­rie d’abord commu­niqué par signes comme les autres primates, puis durant le Paléo­li­thique le langage se serait progres­si­ve­ment élaboré, puis au Méso­li­thique (-10 000 à –8000) serait apparu ce que l’au­teur appelle l’es­prit bica­mé­ral: l’homme, non encore conscient, prend ses déci­sions grâce à un discours hallu­ciné qui main­tient aussi la cohé­sion sociale autour d’un roi. Cette forme primi­tive de subjec­ti­vité se serait main­te­nue jusqu’au II° millé­naire avant Jésus Christ, où elle n’au­rait pas résisté à des multiples chan­ge­ments chao­tiques et aurait laissé place à la conscience que nous connais­sons.

Jaynes propose d’ap­pe­ler cette orga­ni­sa­tion psychique première, pour la diffé­ren­cier de nos orga­ni­sa­tions subjec­tives conscientes, l’es­prit « bica­mé­ral », pour rendre compte de cette divi­sion entre une partie qui « comman­dait », appe­lée dieu, et une partie qui « obéis­sait », appe­lée homme.

Jaynes appuie cette théo­rie sur des données archéo­lo­giques prove­nant essen­tiel­le­ment du Proche-Orient (et un peu d’Amé­rique du Sud): analyse de textes (méso­po­ta­miens, assy­riens, hébreux, grecs), de données archéo­lo­giques (sépul­tures, édifices, effi­gies, icono­gra­phie), et de données histo­riques.

Il en propose un modèle neuro­lo­gique basé sur la spéci­fi­cité hémi­sphé­rique.
Il en tire une expli­ca­tion convain­cante des oracles, de la posses­sion, de la poésie, de l’hyp­nose, de la schi­zo­phré­nie et même de la démarche scien­ti­fique.

Selon Jaynes, ce que nous appe­lons schi­zo­phré­nie appa­raît dans l’his­toire comme une rela­tion au divin, et ne finit par être consi­dé­rée comme une mala­die que vers – 400. La schi­zo­phré­nie consti­tue­rait donc une sorte de séquelle évolu­tive de l‘es­prit « bica­mé­ral ».

Conden­sée et livrée ainsi tout à trac, la théo­rie de Jaynes peut paraître arbi­traire ou incon­grue. Mais sa pensée est rigou­reuse, argu­men­tée, prudente, critique, et très docu­men­tée. En tout cas, quelque soit ce qu’on en pense, elle donne à réflé­chir sur la genèse de la subjec­ti­vité.

Hammu­rabi et bica­mé­ra­lité

En 1792 avant J.-C., l’uti­li­sa­tion civile de l’écri­ture ouvre la voie à une forme de gouver­ne­ment presque nouvelle en la personne impo­sante de l’his­toire de la Méso­po­ta­mie, le plus grand des rois-régis­seurs, Hammu­rabi, régis­seur de Marduk, dieu de la cité de Baby­lone.
La Nais­sance de la Cons­cience dans l’Ef­fon­dre­ment de l’Es­prit Bica­mé­ral pages 230–231

L’écri­ture était une nouvelle forme de gouver­ne­ment civil, en fait le modèle de ce qui préfi­gure notre gouver­ne­ment commu­niquant par notes. Sans cela une telle unifi­ca­tion de la méso­po­ta­mie n’au­rait pu être accom­plie. Il s’agit d’une méthode de contrôle social qui, nous le savons main­te­nant, supplan­tera bien­tôt l’es­prit bica­mé­ral.
La Nais­sance de la Cons­cience dans l’Ef­fon­dre­ment de l’Es­prit Bica­mé­ral pages 230–231

pages 230–231
Hammu­rabi enten­dant en hallu­ci­na­tion des juge­ments de son dieu Marduk (ou peut-être Shamash), sculpté en haut d’une stèle qui énumère ces juge­ments. Env. 1750 avant J.-C.

La Nais­sance de la Cons­cience dans l’Ef­fon­dre­ment de l’Es­prit Bica­mé­ral

Cet ouvrage est une clef d’or.

La bica­mé­ra­lité (deux chambres, sépa­rées) selon Jaynes, c’est le mode de commu­ni­ca­tion inter-hémi­sphé­rique un peu brut qui régnait avant l’in­ven­tion de l’écri­ture. La conscience de soi procu­rée par la stabi­lité de l’écrit est ce qui aurait quasi­ment anni­hilé ce mode d’être très ancien.

Selon Jaynes l’hal­lu­ci­na­tion était le mode de commu­ni­ca­tion d’un hémi­sphère à l’autre. L’émer­gence d’une pensée prédic­tive était attri­buée à un ailleurs, nommé Dieu.

Ulysse part en guerre parce qu’un Dieu le lui a dit. Ulysse rentre de guerre en conscience de lui même. C’est entre l’Il­liade et l’Odys­sée que Jaynes voit la plus forte symbo­lique de ce passage.

Le livre complet et en français est consul­table libre­ment à la Julian Jaynes Society.


L’édi­teur de mon édition a omis dans le titre le mot « BICAMERAL » du titre origi­nal anglais The origin of consciens­cious­ness in the break­down of the bica­me­ral mind. Sans ce mot le titre n’a pas de sens.

S’ap­puyant sur des domaines aussi divers que la litté­ra­ture grecque, la bible, l’ar­chéo­lo­gie, la philo­so­phie, la neuro­lo­gie, la psycho­lo­gie expé­ri­men­tale ou bien encore sur l’ob­ser­va­tion vivante de sa propre expé­rience, Julian Jaynes remet en ques­tion le postu­lat selon lequel la conscience serait éter­nelle.

L’ou­vrage écrit dans un style tantôt litté­raire, tantôt scien­ti­fique, nous fait parta­ger cette recherche au cours d’un voyage initia­tique qui ébranle avec succès cette idée reçue.

Paru aux Etats-Unis en 1982, cet ouvrage est aujourd’­hui large­ment traduit dans le monde, preuve de son actua­lité et de l’in­té­rêt qu’il suscite chez un public toujours plus large.

La quatrième de couver­ture est sans inté­rêt par rapport à l’idée de Jaynes. Elle dessert plutôt le propos qu’autre chose.

Oubli de l’Etre

Heideg­ger n’a rien contre la tech­nique ni contre le plato­nisme, il estime seule­ment que la construc­tion d’un être qui serait soumis d’em­blée à une visée comp­table de ratio­na­li­sa­tion vient peut être obnu­bi­ler l’ex­pé­rience du don gratuit de l’être, qui éclôt sans pourquoi.

De là l’idée heideg­gé­rienne – très simple au fond – d’un oubli de l’être qui aurait marqué toute la méta­phy­sique. Il ne s’agit pas d’une thèse sur un thème qui aurait été malen­con­treu­se­ment oublié dans les manuels de méta­phy­sique, mais d’un juge­ment porté sur la concep­tion tech­ni­cienne de l’être qui ensor­celle autant notre temps. Concep­tion qui a ses raisons et ses succès, mais qui tend à réduire l’être à l’ordre du produc­tible, camou­flant ainsi l’in­dis­po­ni­bi­lité plus ancienne de l’être.
Heideg­ger L’énigme de l’être pages 66–67

Le malaise de certains inter­prètes et lecteurs de Heideg­ger devant la figure du Quadri­parti, pour ne rien dire de l’in­dif­fé­rence des autres, témoigne de l’in­ca­pa­cité de la raison moderne d’ac­cueillir une parole qui échappe à toutes ses caté­go­ries.
Jean François Mattéi – L’ordre du monde page 198

La pensée ne commen­cera que lorsque nous aurons appris que cette chose tant magni­fiée depuis des siècles, la raison, est la contra­dic­tion la plus achar­née de la pensée.
Idem, page 191

Je postule que, par pensée, Heideg­ger veut dire sagesse. C’est le seul moyen de voir clair, même si pour Platon, pensée s’ac­corde à raison et intel­lect à sagesse.

Keir­sey – Quatre tempé­ra­ments

Keir­sey/Bates four tempe­ra­ments

Typo­lo­gies

Promé­théen
Epimé­théen
Apol­lo­nien
Diony­sien
Tech­no­lo­gique
Respec­tueux
Senti­men­tal
Astu­cieux
Raison
Volonté
Sagesse
Désir

Je suis allé cher­cher quelque traits saillants de ces quatre person­nages (cnrtl) :

Portraits

Promé­théen : « prévoyant », carac­té­risé par le désir de se surpas­ser, le goût de l’ef­fort et des grandes entre­prises, la foi dans la gran­deur humaine
Epimé­théen : « celui qui réflé­chit après coup » se débrouilla pour donner aux diffé­rents animaux le courage, la force, l’agi­lité
Apol­lo­nien : qui est conforme à un idéal de mesure et de séré­nité
Dyoni­sien : qui parti­cipe de la tendance à la déme­sure ou à l’ivresse de l’en­thou­siasme et de l’ir­ra­tion­nel

Le feu et la prévoyance promé­théens sont à leur place ; la volonté épimé­théenne est aussi à sa place et son trait physique est signé ; le dyoni­sien et l’apol­lo­nien sont nietz­schéens. Ils s’in­sèrent a merveille.

Keir­sey – Tri des tempé­ra­ments – Quater­ni­tés

Keir­sey Tempe­rament Sorter

Le premier anneau est repré­senté par le couple abstrait/concret. C’est commen­cer par le trait bêta, exac­te­ment comme Platon. Le second anneau est candi­dat de fait au trait alpha.

La propo­si­tion coopé­ra­tif/prag­ma­tique (confor­miste/adap­ta­tif) pour le trait alpha ne marche pas, elle débouche sur un clas­se­ment aber­rant pour nous. Il est possible de sauver le trait en renver­sant les posi­tions décla­rées par Keir­sey entre arti­san et gardien. Cela se montrera fort utile par la suite.

Trait alpha, second anneau

Prag­ma­tique
Coopé­ra­tif
S’adap­ter
Se confor­mer
Ration­nel
Irra­tion­nel

Les choix de couples ne sont pas opti­mum selon nos critères. Ils se répondent mal. Le trait alpha n’est pas cité dans la synthèse d’ou­ver­ture. A la place d’un trait alpha, nous avons une seconde typo­lo­gie.

Le trait bêta est correct :

Trait bêta, premier anneau

Abstrait
Concret
Intros­pec­tif
Obser­vant
Intel­lec­tuel
Physique

De la même façon qu’au dessus, le second couple n’est pas opti­mum.

Les typo­lo­gies et portraits sont origi­naux et fonc­tionnent bien. Après le flou artis­tique des traits, on se retrouve en terrain ferme et bien connu :

Typo­lo­gies

Ration­nel
Gardien
Idéa­liste
Arti­san
Objec­tif
Orga­nisé
Compa­tis­sant
Adap­table

Portraits

Recherche
Maitrise et contrôle de soi
Sécu­rité et appar­te­nance
Sens
Stimu­la­tion et virtuo­sité

Concerné par
Leur propre connais­sance et compé­tence
La respon­sa­bi­lité et le devoir
Leur crois­sance person­nelle et trou­ver leur propre et unique iden­tité
Produire un impact

Force
Stra­té­gie
Logis­tique
Diplo­ma­tie
Tactique

Excelle en
N’im­porte quelle sorte d’in­ves­ti­ga­tion logique telle qu’in­gé­nie­rie, concep­tua­li­sa­tion, théo­ri­sa­tion et coor­di­na­tion
Orga­ni­ser, faci­li­ter, véri­fier et soute­nir
Clari­fier, indi­vi­dua­li­ser, fédé­rer et inspi­rer
Dépan­nage, agilité et mani­pu­la­tion d’ou­tils, d’ins­tru­ments et d’équi­pe­ment

Degrés de connais­sance – Platon

Les réali­tés intel­li­gibles sont elles l’objet de la pensée et de l’in­tel­lect, et Platon les désigne par le nom de science.
Platon – Degrés de connais­sance – Wiki­pé­dia

Le trait alpha n’est pas donné. Alpha et bêta semblent se mélan­ger. Ratio­na­lité est syno­nyme d’in­tel­lect :

Connais­sance ration­nelle discur­sive (Dianoia)
Connais­sance ration­nelle intui­tive (Noûs))
Platon – Analo­gie de la ligne – Wiki­pé­dia

Les assi­gna­tions de la discur­si­vité et de l’in­tui­ti­vité semblent incom­pa­tibles avec notre modèle des 4 pensées.

Mais le trait bêta est sans équi­voque :

Trait bêta

Intel­li­gible
Sensible
Science
Opinion

L’as­so­cia­tion de la science et de l’opi­nion en bêta est assez pertur­bante pour moi, je la voyais en alpha.

la conjec­ture (εἰκασία eikasía) porte sur les images et les illu­sions ; la foi ((πίστις pístis) porte sur les êtres vivants et les objets fabriqués ; la pensée ((διάνοια diánoia) porte sur les notions et les nombres ; l’in­tel­lect ((νόησις nóêsis) porte sur les Formes.
Platon – Degrés de connais­sance – Wiki­pé­dia

Typo­lo­gie

Pensée
Conjec­ture
Intel­lect
Foi
Diánoia
Eikasía
Nóêsis
Pistis
Raison
Volonté
Sagesse
Désir

Portée

Les notions et les nombres
Les images et les illu­sions
Les Formes
Les êtres vivants et les objets fabriqués
Finale
Effi­ciente
Formelle
Maté­rielle

La typo­lo­gie sa portée sont très bonnes, elles nous mettent sur la piste de ce qui leur suivra, dont Aris­tote.